
Artiste cherche agent
Publié à 6h00 le jeudi 29 juillet 2010

Les agents d'artistes ne courent pas les rues en Acadie. En fait, malgré le grand nombre de musiciens, chanteurs ou comédiens dans la région, les agents se comptent sur les doigts d'une seule main. Cette situation fait en sorte que des artistes talentueux ne parviennent pas à avoir accès à des outils qui leur seraient fort utiles pour le développement de leur carrière. En contrepartie, le métier d'agent d'artiste en Acadie est difficile et peu rémunéré du moins aux débuts -, demande beaucoup de sacrifices et une passion sans borne pour les artistes représentés.

Lorsque le chanteur Pascal Lejeune a demandé à son amie Carol Doucet, qui est bien connue dans le monde des communications en Acadie, de devenir sa gérante, elle a immédiatement dit non.
«Puis, il m'a présenté ça comme un défi et puisque j'ai de la difficulté à dire non à ça j'ai accepté», explique-t-elle.
Le parcours extraordinaire du chanteur au cours des dernières années n'est pas étranger à l'aide qu'il a reçue de son agente. D'ailleurs, Pascal Lejeune se fait un devoir de remercier chaleureusement Carol Doucet chaque fois qu'il monte sur scène ou qu'il gagne un prix.
Les artistes, souvent dans leur monde de création, ont parfois de la difficulté à s'occuper de la gestion de leur carrière. Pourtant, selon le directeur général de Musique NB, Jean Surette, ces derniers devraient voir leur carrière comme une véritable petite entreprise.
«C'est comme ouvrir un commerce, compare-t-il. Lorsque quelqu'un veut ouvrir une entreprise, il reçoit du «coaching» sur comment faire un plan d'affaires et faire de la promotion. Ça devrait être la même chose pour les artistes et pour ceux qui veulent devenir agents d'artistes.»
Lors de la dernière assemblée générale annuelle de Musique NB, le soutien aux artistes est ressorti comme une priorité pour les membres. À cet effet, Jean Surette espère pouvoir développer avec les chambres de commerce ou le Conseil économique du N.-B. un ou des partenariats pour favoriser la formation et le soutien de ceux qui veulent devenir agents d'artistes.
«On pourrait avoir des programmes de mentorat ou de bourse», suggère-t-il.
Il n'existe pas présentement au Nouveau-Brunswick de programme d'enseignement, outre les programmes généraux de marketing, qui offrent une formation aux futurs agents d'artistes. Il faut donc apprendre sur le tas».
C'est le cas de Geneviève Arseneau. Ancienne journaliste à Radio-Canada, elle a côtoyé plusieurs artistes au cours de sa carrière et s'est aperçue qu'il y avait un besoin flagrant au niveau du soutien à leur apporter. Après la naissance de son premier enfant, elle a donc décidé de laisser de côté le journalisme et de se consacrer aux artistes dont elle comprend bien la situation, son mari étant le chanteur country Georges Belliveau. Elle s'occupe donc maintenant des carrières de Marie-Philippe Bergeron, Kevin McIntyre, l'Ensemble Vide, les Smouthes et de la Revue acadienne.
«Je voyais qu'il y avait un besoin énorme, dit celle qui s'est associée aux Productions l'Entrepôt d'André Roy dans sa démarche. C'est un domaine qui m'a toujours intéressée et je voulais faire quelque chose. J'ai réalisé qu'il y a énormément de paperasse et je me demande comment font les artistes pour tout faire eux-mêmes.»
Les tâches d'un agent d'artiste sont nombreuses et complexes. Il faut, en tout premier lieu, trouver des contrats de spectacles aux artistes. Puis, il faut négocier les cachets, organiser les déplacements et les tournées, faire les demandes de subventions, rédiger des rapports pour cesdites subventions, faire la promotion des artistes auprès des médias et leur apporter tout autre soutien nécessaire.
«Les artistes ne sont pas toujours les meilleurs pour juger d'une stratégie de communication. C'est pour ça qu'ils ont besoin d'aide», ajoute Jean Surette.
Carol Doucet ressent bien l'urgence de la situation. Son entreprise de communication jouissant d'un bon roulement et d'employés qui peuvent prendre le relais, Mme Doucet a maintenant l'intention de se consacrer principalement à la gérance d'artistes. Elle lancera en septembre la première agence d'artistes en Acadie, en collaboration avec d'autres collègues du milieu artistique.
«J'ai dû refuser de représenter au moins 25 personnes au cours des dernières années, mais là je me suis dit que je suis rendue là, c'est ça que je veux faire, je veux aider les artistes. On va essayer d'offrir tous les services aux artistes afin de faire avancer leur carrière. On met nos ressources en commun ainsi que notre réseau de contacts. Pour moi, c'est la meilleure façon de fonctionner.»
Dans les derniers mois, elle a pris sous son aile le groupe de folk de la Nouvelle-Écosse Bette & Wallet, l'auteure-compositeure-interprète Hélène Godin et l'humoriste et cinéaste Monique LeBlanc. D'autres noms s'ajouteront à cette liste sous peu et Carol Doucet a même l'intention d'embaucher des personnes pour l'appuyer dans cette nouvelle entreprise.
«Le besoin est là. S'il pouvait y avoir au moins cinq autres personnes qui faisaient ça à temps plein et qui prendraient chacun une dizaine d'artistes, on ne serait pas de trop», pense-t-elle.
Comme toutes les personnes interviewées le mentionnent, il ne faut pas s'attendre à faire des millions avec ce métier. Les agents prennent en moyenne un montant de 15 à 20% des cachets obtenus, mais pour ça il faut que les artistes puissent faire un bon volume de spectacles annuellement.
«On le fait parce qu'on aime ça, pense Geneviève Arseneau. Quand j'ai commencé, Carol (Doucet) m'a donné un conseil précieux. Elle m'a dit qu'il faut absolument que j'aime passionnément le travail des artistes que je représente, car ma tâche est de vendre leur talent tous les jours.»
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