Les allocations pour l’exploitation de La biomasse ne font pas l’unanimité

Publié à 6h00 le jeudi 24 juin 2010

Huit allocations visant l'exploitation de la biomasse forestière de la Couronne ont été attribuées à des entreprises du Nouveau-Brunswick, a annoncé récemment le ministre des Ressources naturelles, Wally Stiles. L'entreprise Twin Rivers Paper, anciennement Fraser Paper, à Edmundston, a obtenu 308 000 mètres cubes de biomasse, soit les plus importants des allocations. Si la nouvelle réjouit les dirigeants de l'entreprise, le Conseil de la conservation du Nouveau-Brunswick (CCNB) s'inquiète pour sa part des conséquences de cette récolte sur la faune.

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La biomasse forestière, qui est composée de branches, de cimes d'arbres et de feuillage que l'industrie forestière n'exploite habituellement pas, servira à produire de l'énergie renouvelable neutre en carbone ou sera intégrée à des produits à valeur ajoutée. Les allocations totalisent 1 276 000 mètres cubes de biomasse, ce qui est suffisant pour remplacer environ 200 millions de litres de mazout.

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Kâte LeBlanc, Telegraph-Journal
L'entreprise Twin Rivers Paper à Edmundston, anciennement Fraser Paper, a obtenu 308 000 mètres cubes de biomasse, soit les plus importants des allocations.

«La majorité de la biomasse sera utilisée dans des centrales de cogénération pour produire de l'électricité que consommeront ces entreprises dans leurs propres installations, ou encore pour produire de l'électricité excédentaire qu'elles pourront écouler sur le réseau électrique provincial, a affirmé le ministre Stiles. Le gouvernement provincial est heureux d'appuyer ces initiatives qui aideront à réduire notre dépendance aux combustibles fossiles tout en diminuant les coûts énergétiques des entreprises.»

Twin Rivers Paper était une des premières entreprises néo-brunswickoises à faire installer une centrale de cogénération alimentée par la biomasse forestière en 1996. Même si l'entreprise récolte la biomasse sur les terres de la couronne depuis un bon nombre d'années, c'est la première fois qu'une allocation formelle lui est attribuée. «Nous sommes très contents de cette nouvelle, car ça nous assure un accès garanti envers cette ressource. Nous savons que nous pouvons toujours compter sur cette allocation en cas de besoin», explique Terry Noble, responsable de la centrale de cogénération chez Twin Rivers Paper.

Selon M. Noble, la centrale produit environ 38 mégawatts par année, ce qui représente un peu plus de la moitié des 70 mégawatts que consomme l'entreprise de pâtes et papier annuellement. L'énergie produite par la centrale est vendue en totalité à Énergie Nouveau-Brunswick qui la retransmet dans son réseau de distribution et Twin Rivers Paper rachète par la suite son énergie à la valeur marchande. «Auparavant, nous utilisions un peu de biomasses de nos propres terres, mais environ 75 % de nos besoins sont couverts par les déchets des scieries. Pour vous donner une idée de l'ampleur de cette centrale, nous avons besoin d'environ 100 chargements complets de biomasse par jour pour l'alimenter. Cette allocation nous donne une sécurité. Je crois que le gouvernement a pris la bonne décision d'allouer cette biomasse aux entreprises existantes, car ça va sécuriser notre approvisionnement.»

Avec les fermetures de nombreuses scieries dans la province au cours des dernières années, la ressource commençait à se faire de plus en plus rare, explique M. Noble.

Le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick ne voit pas les choses du même oeil. L'organisme estime que la récolte massive de biomasse sur les terres de la Couronne détruit l'habitat naturel de nombreuses espèces animales. «Les coupes à blanc généralisées de nos forêts sont déjà suffisamment dommageables. De siphonner tout ce qu'il en reste pour le brûler dans une chaudière sera dévastateur pour la nature», estime David Coon, directeur général de l'organisme.

«Nous savons qu'au moins le quart des espèces sauvages des forêts acadiennes dépendent des débris de la forêt, fait remarquer Tracy Glynn, défenseure des forêts au CCNB. Une corrélation entre la récolte de débris de forêt en Suède et le déclin rapide de la faune a été démontrée dans des études scientifiques. Les espèces qui dépendent des débris forestiers sont le groupe d'animaux le plus menacé en Europe.»

M. Noble rétorque que la superficie allouée pour la récolte est relativement petite, par rapport aux terres privées destinées à la coupe de bois. Il ajoute que pour des raisons économiques, son entreprise favorise largement les ressources en biomasse qui proviennent directement des scieries. «Pour récolter la biomasse dans les forêts, il nous faut des équipements particuliers, il faut transporter la ressource et la nettoyer en cour de route. C'est beaucoup plus coûteux et intensif comme travail.»

Selon le ministère, ces allocations sont renouvelables tous les cinq ans. Le volume de biomasse forestière accessible durant une année dépend de la quantité de bois récolté cette année-là et répond à des critères de développement durable.

 

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